Chapitre 4/5
Un soir, Anna, comme à l'accoutumée, sortit de chez elle et entendit le souffle de sa voisine derrière la porte. Elle fit semblant d'ignorer le comportement malsain, haussa les épaules et resta le dos tourné, empêchant Mathilde de voir son visage. Anna appela l'ascenseur, sortit de l'immeuble, prit une grande inspiration, plongea dans l'obscurité de la nuit, traversa l'avenue de Suffren et regagna le Champ de Mars, l'un des plus beaux parcs de la capitale. Elle y respira l'odeur de la terre et des plantes, celles des fleurs et les pétales de roses éparpillés par les passants de la journée. Elle s'arrêta pour entendre les pas des chiens courir, mais aussi leurs maîtres discuter. Cette soirée ressemblait à toutes les autres qu'elle avait vécues. Rien de particulier, rien d'extraordinaire. C'était là tout le secret d'Anna. Elle se promenait la nuit dans la ville. Et elle aimait cela. Elle croisait des passants, jamais les mêmes et au fond souvent différents mais semblables. Dans les détours des allées, elle rencontrait des groupes de campeurs, des jeunes en pique-nique autour d'une bouteille de vin, des couples d'amoureux, des familles et même des joueurs de foot. Elle aimait l'ambiance de ces fêtes. Touristes et habitués attendaient l'heure où la Tour Eiffel clignoterait, comme pour illuminer leurs coeurs. Anna marchait d'un pas léger. Elle se laissait porter par le hasard. Parfois, elle continuait devant le musée du Quai Branly, le musée d'Orsay, l'Assemblée Nationale et empruntait le jardin des Tuileries pour finir au Louvre. D'autres fois, elle passait Rive Droite, devant le Trocadéro, puis le Musée d'Art Moderne, le Grand Palais, les Champs Elysées et la place de la Madeleine. L'île Saint Louis l'attirait aussi. Elle y allait surtout dès les beaux jours, quand elle décidait de faire de grandes promenades. Elle respirait à Paris. Elle vivait les atmosphères des lieux historiques chargés d'histoire et ressentait la mémoire et la trace des personnes disparues qui avaient vécu dans ces lieux. Elle marchait ainsi des heures.
Ce soir là, à 3 heures du matin, en sortant de l'ascenseur pour se rendre à son appartement, elle entendit Mathilde éternuer derrière sa porte.
- Mais allez vous coucher ! Vous êtes une malade, complètement folle. Arrêtez de me surveiller !
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