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Les pas de Markus résonnent sur l’asphalte brûlante du mois d’août : son embonpoint l’empêche d’avancer aussi vite qu’il le souhaiterait. Le visage humide de sueur, les sourcils froncés et l’air teigneux, il détricote dans sa tête le fil des événements. Où et quand l’histoire a-t-elle dérapé ?

Pourra-t-il un jour tourner cette mésaventure en dérision ? Non, il s’agit d’un enchaînement dramatique de circonstances. Poussé hors de l’appartement, il ne s’enfuit pas avec les joyaux de la Reine, il court, laissant derrière lui un volcan en éruption.

Ce matin, Veronica, copine d’enfance, une sale garce, une maquerelle en chef, lui a téléphoné. Elle a parlé de nettoyage de son appartement, de remise à neuf. 30.000 €, a-t-elle sussuré. Une forte somme. Il a dit oui, sans opposer aucune résistance, a acheté de la peinture et des rouleaux. Il y a cru, comme un artiste qui prépare son premier vernissage.

L’urgence de la demande l’intrigue encore, alors qu’il sonne à la porte. Véronica lui ouvre. Pour une surprise, c’en est une ! Les restes d’une grand-messe de boucherie, de sacrifices humains sur vingt générations s’étalent , derrière elle, dans le salon.

« Markus, cette cascade que je vois sur tes joues ? T’as trop de sentimentalité, moi je te dis d’assécher cette fontaine et de faire ton boulot. Tu la fais disparaître, cette saloperie qui saigne. Je te donnerai les billets quand tout sera fini. »

Alors dans un clappement sec, Markus de sa belle bouche lippue lui précise « D’abord le corps, ensuite le nettoyage, mais tu me files un coup de main ». Veronica choisit sur DEEZER, la rhapsodie Hongroise n°2 de Liszt, que leurs parents écoutaient quand la nostalgie du pays leur venait. Markus enveloppe les membres du corps de la fille sanguinolante, qui a tant coloré l’appartement. Il utilise plusieurs sacs poubelle. Il s’applique à tout mettre dans l’ordre. Les bras avec les mains, les pieds avec les jambes. Véronica, elle s’en fout. Et même pour rigoler, elle chahute et essaie de mélanger les morceaux. Markus n’aime pas son manque de respect.

Une fois le travail fait, direction la forêt, le Bois de Boulogne, en autolib. Après avoir enterré ce qu’il avait à enterrer, il prend le métro, et sur la ligne 10, sur le trajet du retour, il commence à ressasser ce terrible préalable de nettoyage.

Véronica l’attend chez elle. Elle s’est débarrassée de toute cette poisse rouge qui la couvrait. Les murs, eux, témoignent encore du carnage matinal.

Il aurait du se méfier de l’odeur. Il a cru que ça sentait le propre. Véronica fait  des projets d’avenir, elle veut partir pour Cholet, une ville sympa. Oublier l’accident.  Recommencer sa vie. En disant ça, elle prend une cigarette et sans équivoque possible, jette l’allumette sur le sol. Markus reste immobile, comme hypnotisé par le spectacle de magie de torche vivante.

Alors, pas très interventionniste, il ferme doucement la porte derrière lui, abandonnant  les 30.000 euros et une odeur de rognons brûlés.

 

 

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