Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Publicité

Histoires d'Immeuble 3

Chapitre 3


Mathilde fut piquée de cette réponse, qui en disait peu et qui aiguisait encore plus sa curiosité. Elle essaya d'en savoir davantage. Maria détourna la conversation et parla d'autre chose : le temps, le chien, le ramassage des encombrants. Le chien de Maria venait du Portugal. Il avait été trouvé sur la route et adopté très jeune chiot. Il était affectueux et aimait tous les résidents de l'immeuble, à l'exception de Mathilde dont il se contentait de renifler les jambes. Elle était bien la seule locataire à ne pas être joyeusement accueillie par Roxy. Mathilde était sur la défensive. Elle n'aimait pas les chiens et celui-ci pas plus que les autres. Mais pour obtenir les confidences de Maria, elle s'obligeait à caresser la tête de Roxy.
Les jours suivants, dès qu'elle croisait Anna, elle essayait de rentrer en contact avec elle, elle tentait une conversation, mais la distance polie que mettait sa voisine, s'apparentait à un vent glacial de banquise.
Mathilde était décontenancée. Elle avait l'impression que Anna lui en voulait, malgré les sourires, les travaux d'approche, les rencontres autour de l'ascenseur, ou devant la loge de Maria. Ce sentiment de rejet obsédait Mathilde. Il la rendait malheureuse. Mathilde avait fini par comprendre qu'elle n'arriverait pas toute seule à percer le mystère de sa voisine. En même temps, elle ne pouvait renoncer à en savoir plus. Qui était-elle, d'où venait-elle, quel était son métier, comment vivait-elle, qui fréquentait-elle ? Mathilde s'arrêtait de plus en plus souvent à la loge, sous prétexte de dire bonjour ou de venir réclamer un paquet qu'elle savait jamais ne voir arriver. Elle interrogeait Maria, caressait le chien, espérant toujours obtenir une réponse à ses interrogations.
Seule dans son appartement, Mathilde écoutait les bruits de sa voisine de pallier et guettait même ses allers et venues. Elle était attentive aux mouvements derrière la porte, à ceux des fenêtres, des volets qui s'ouvraient, des rideaux qui se refermaient le soir. Elle espionnait Anna. Tout son monde tournait autour d'Anna, de ce qu'elle était en train de faire, ce qu'elle pouvait penser.
Mathilde, avait des horaires fixes et devait quitter son appartement tous les matins à 9h pour rentrer de la boutique à 19h45. Anna avait un emploi du temps plus fantasque et disparaissait souvent le soir, alors que Mathilde rentrait du travail.


Mathilde devenait de plus en plus obsédée par Anna. Cela faisait déjà plusieurs soirs, qu'après ses journées de vente, Mathilde ne sortait plus, préférant guetter sa voisine. Les vendredis et dimanches, ses jours de congés, elle restait aussi chez elle à écouter les bruits, observer et espérer entrer en contact avec cette femme qui la fascinait tant.


- Non, mais dis moi Maria, qu'est-ce-qu'elle fait cette dame ? ma voisine ? elle a un problème ? Elle m'observe, je la sens derrière sa porte quand je pars. Je la sens aussi quand je rentre. Parfois, quand je cherche mes clés, elle ouvre la porte et me salue. Je ne sais pas ce qu'elle veut. Moi, je suis libre. Elle m'embête. Elle est bizarre. De drôles d'odeurs sortent de sa porte. Elle doit arrêter. Et toi, tu dois lui dire de se calmer, d'arrêter de m'espionner. Dis lui que ça suffit.




Publicité
Peter Fendi, L'indiscrète, 1883

Peter Fendi, L'indiscrète, 1883

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :