Chapitre 2
Maria savait tout sur tout le monde. C'était une femme intelligente et vive. Née au Portugal, elle était arrivée en France 20 ans auparavant. Elle avait été très peu à l'école du village, et pas du tout en France. Elle avait l'intelligence du cœur et des situations. Elle portait à tous les voisins de l'immeuble, le même intérêt, pas malsain, mais l'intérêt réel de savoir qui ils étaient réellement, ce qu'ils voulaient, comment ils vivaient. Elle passait évidemment beaucoup de temps dans sa loge ou à la porte, veillant ainsi à observer qui rentrait et qui sortait. Maria était parfois un peu envahissante, sonnant à tout moment de la journée, chez un voisin. En général, accompagnée de son chien et d'un ou deux enfants dans les bras, ou accrochés à sa jambe, elle pouvait débarquer pour poser une question, rendre un service ou proposer une solution. Tous les prétextes étaient bons pour partager un moment. Elle rentrait alors chez son voisin, acceptait une tasse de café ou de thé, s'émerveillait des déambulations de son chien, et des jeux de ses enfants. Elle parlait d'elle, toujours un peu, mais elle aimait surtout que ses voisins lui parlent d'eux. C'est ainsi qu'elle avait noué des relations personnelles avec Anna. Elle étaient devenues amies, à force de se rencontrer et de parler de tout et de rien, sur le pallier du rez de chaussée. Maria avait des rêves d'indépendance, de femme libre qui n'aurait fait que ce qu'elle souhaitait. Elle admirait particulièrement ces traits de caractère chez Anna. Elle ne regrettait pas son mariage et ses enfants, mais reconnaissait, que longtemps, elle n'aurait pas pu imaginer avoir un autre destin. Elle aimait son mari, même si avec le temps, elle lui admettait volontiers ses défauts et voyait moins ses qualités. Elle adorait profondément ses enfants, aimait se voir en eux, avec ce sentiment qu'ils étaient eux, et qu'ils étaient une part d'elle en même temps, son prolongement, sa continuité, avec leur rythme propre. Elle était de ces femmes qui marchent à l'instinct. Elle n'avait pas connu son père. Sa mère était l'une des plus pauvres du village. Dans son enfance, Maria avait souvent trouvé davantage de chaleur chez les animaux de la ferme où était employée sa mère, que dans sa propre famille. Elle aimait alors passer ses journées, dehors dans la nature à écouter les plantes pousser, à courir après les lapins, à mettre les mains dans la terre et à inventer de nouveaux jardins. Mais elle avait du quitter son village très tôt et était devenue jeune fille au pair, dans une famille, en France dès ses 16 ans. Cela lui avait plu, elle avait décidé de rester. Et elle était encore là.
Maria savait aussi être discrète et ne souhaitait pas dévoiler la vie des uns et des autres sans raison, sans qu'un lien de confidence réel ait été établi. Elle répondit évasivement à Mathilde.
- Tu sais, tu ne dois pas essayer de comprendre, mais moi je peux te dire que Anna est une femme exceptionnelle. Sa vie était différente autrefois. Aujourd'hui, elle profite tranquillement. Elle l'a bien mérité.
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