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Mes mots sont une énigme. Notre âme vit de mystère

Je suis dans un théâtre rouge, rouge de sang, ou rouge-sang. Les rideaux de velours masquent les portes. Il y en a 6. Non, j'en dénombre 10. Je ne sais plus. La tête me tourne. J'ai le vertige. Je tombe.
Je suis debout. Je suis dans ce théâtre circulaire. Il y a 6 portes toutes masquées par de lourds rideaux rouge-sombre.
J'entends une voix. Qui parle ? Je ne sais pas qui me parle, je ne sais pas ce qui est dit. Je n'entends pas. Si, j'entends très bien. C'est une voix d'homme. Je ne sais pas ce qu'il dit. Que veut-il ? Il prononce distinctement. Je ne comprends pas.
Il me dit "emginé enu tnos stom sem". Je ne comprends pas. "sem". Ils s'aiment ? Lui, peut être. Moi, je ne sais pas si je l'aime. Je ne comprends pas de quoi cet homme me parle. Je ne sais pas ce qu'il me veut. Je ne peux pas déjà savoir si je l'aime. Où suis je ? Pourquoi suis-je dans ce théâtre avec ses rideaux rouge-sang ?

Il me répète "emginé enu tnos stom sem". Je ne comprends pas. "Enu". Non, je ne veux pas être nue avec lui. Pas comme ça. Pas si vite. Je lui crie que je ne veux pas être nue avec lui maintenant et que je ne sais pas si je l'aime. Les sons ne sortent pas de ma bouche. Enfin, pas ceux que je veux. À la place des mots que j'ai voulus prononcer, j'entends "mes mots sont une énigme". Mais non, ce n'est pas ce que je veux dire. C'est lui qui pense ces mots et me les fait dire. Ce n'est pas moi qui parle, ce ne sont pas mots, mais c'est ma voix. "emginé enu tnos stom sem", "mes mots sont une énigme". Oui, j'ai compris. Et alors ? Que dois-je penser ?

Je veux fuir, mais je ne sais pas quelle direction emprunter, je ne sais pas quelle porte choisir. Je ne sais pas quelle porte ouvrir. Est-ce que la fuite va me permettre de choisir une vie plutôt qu'une autre ? Comment puis-je décider de ce qui m'attend ? Est-ce la porte qui va décider de moi, de mon avenir ? Je ne sais pas. Je pousse chacun des rideaux et les examine les uns après les autres. Ils sont semblables et chaque porte derrière le rideau est semblable à l'autre. Il n'y a aucune lumière derrière aucune de ces portes. Et tous les chemins derrière les portes sont identiques aux autres. Je ne connais pas ces chemins. Lequel prendre ? Pourquoi ce chemin et pourquoi pas choisir le chemin qu'on ne prend jamais ? Je veux choisir le chemin inconnu. S'il est "un-con-nu", alors non c'est impossible, je ne veux pas le choisir. Je veux le con-naître et venir à la vie avec lui. Naître et être. Être et devenir. Je veux que le chemin choisi soit un chemin pour devenir et être. Je m'en fiche que mes mots soient une énigme. Je me fiche du double sens. Je les entends. Je veux fuir. Mais quoi ? Mais qui ?
Je ne sais pas si je l'aime, je ne veux pas être nue avec lui. Attention, je tombe. C'est fini.

Je ne rêve pas. J'y suis vraiment. Je suis dans un théâtre rouge, rouge de sang ou rouge-sang, je ne sais plus. Il y a d'épais rideaux. 10 rideaux et derrière chaque rideau, il y a des portes. Ah non, il y a 10 rideaux, mais il y a 6 portes. Certains rideaux ne cachent pas de portes. C'est compliqué la vie. Je ne sais pas quoi faire. J'entends une voix.
"Eretsym ed tiv ema erton". "Ema", c'est moi. Que me veux-tu voix étrange ? C'est très rare que l'on m'appelle Emma. D'habitude, on m'appelle Manue. Ça m'agace. Pourtant, je ne suis la nue de personne. Non, je ne suis pas sa nue. Mon père m'appelle "ma petite Em". Je ne suis pas sa nue non plus. Il n'ose pas. Je suis sa "petitem". C'est le seul à m'appeler comme cela. Et pourquoi, je serai petite à aimer. Je veux être grande, et je veux aimer grandement.
Em, Petite Em, Grande Em, Emma. Aime, aimer, aima. Je veux continuer à aimer. Je ne veux pas que ce verbe se conjugue au passé. Je ne suis pas "aima". Je suis "aime", la petitem, celle qui aime au présent, mais je suis aussi la grande, celle qui aime grand.

"Eretsym ed tiv ema erton". Que me veut la voix ? Encore "ema" ? Ça suffit. Qu'est-ce-que que cette blague ? Je ne suis pas d'accord. Je l'ai déjà dit. C'est tout pour le moment. Et pourtant, c'est déjà ça. Et ce fauteuil en rotin. Encore ? Pourquoi faire ? J'en ai assez des allusions déplacées. Ce n'est pas moi. C'est tout pour le moment. Ce n'est pas la voix qui le dit. C'est moi.

"Notre âme vit de mystère". Ah oui, d'accord, je comprends mieux la phrase. De quel mystère parle la voix ? Mystère de la vie, mystère de la mort, mystère du sens, mystère de la naissance, mystère de la conception. Pourquoi est-on sur cette terre ? Quelle est la raison de notre existence ? Comment suis-je arrivée là ? Comment est arrivé le premier ? Ou la première ? Pourquoi ? J'ai mal au cœur. La tête me tourne. Je tombe. C'est fini.

Je ne rêve pas. J'y suis vraiment. Je suis dans un théâtre tapissé de velours rouge. De lourds rideaux rouge-bordeaux dissimulent 4 portes. Derrière ces portes, il y a des chemins : l'enfant, la femme, la mère, la vieillesse. Chaque porte s'ouvre sur un chemin de joie, de souffrance, de peines et de rires. La vie, c'est le début de la mort. La vie, c'est le début de la fin. C'est le chemin que l'on n'aurait jamais du prendre. Et pourtant, je suis mon chemin comme un soldat au combat. Je continue ma route. Je suis mon destin.

Et alors, quelle porte ouvrir ? Comment choisir ? Aucune ne s'ouvre. Faut-il les forcer, faut-il s'obstiner ? Je ne peux pas choisir. Tout est écrit. Le souffle créateur nous a donné la force, la vie, la douleur, l'emprisonnement. Il a choisi pour nous. Il nous impose la vie. Je suis née grain de sable, fille de la lumière et du vent. Je grandis dans un souffle. Je me laisse porter dans les airs. Je profite des rayons chauds du soleil. Je me réchauffe. La vie coule dans mes veines. Je ne veux pas ouvrir ces portes. Aucune d'entre elles. Il est trop tard. Tout est écrit. Je n'y peux rien. Je ne veux pas savoir. À quoi bon ? J'ai le souffle court. J'ai du mal à respirer. J'étouffe. Je tombe.

J'ai quitté le théâtre. C'est fini, je ne veux plus le voir. Je ne veux rien savoir du mystère de la vie et de ce qui nous gouverne. Je n'ouvrirai plus aucune porte. Je suis à la campagne, allongée dans la mer vert calme d'un champ vallonné. La lumière miroite sur les gouttes de rosée du matin et exhale une odeur de terre mouillée. Des coquelicots et des boutons d'or illuminent par touches colorées, l'herbe verte sauvage, qui pousse sans rien demander. Je me sens bien. Je veux profiter du bleu d'azur, me réchauffer au soleil et attendre. Ne rien faire. Je veux écouter le murmure du vent, suivre les abeilles qui butinent de fleurs en fleurs. Je regarde le ciel et laisse mon âme virevolter de nuage en nuage. J'écoute le chant du merle et de la fauvette, du rossignol et de l'étourneau. Je respire. Je me retrouve. Je sais qui je suis. Je me relève. Tout va bien. Je suis debout. Je suis nue et je l'aime. Il m'appelle Emmanuelle.


Mes mots sont une énigme.
Notre âme vit de mystè
re.



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