Ma très chère Hélène,
Aussi curieux que cela puisse être, c'est au Maroc, en vacances, que j'ai ressenti la force de nos liens d'amitié. Loin de toi, mais proche du cœur et de l'âme. En excursion dans la campagne de Chefchaouen, petit village niché au milieu du rif du Nord Maroc, à plus de 2.000 mètres d'altitude, j'ai posé mon sac au fond d'une vallée traversée par la rivière Oued Farda. Mon coeur a bondi devant le Pont de Dieu. J'ai cru me retrouver dans un de tes tableaux. Le vert émeraude si particulier, dont seule tu as le secret avec tes pigments, ce vert émeraude des lacs, des cascades, ou des fleuves que tu peins, et dans lequel je me suis si souvent plongée de douceur et de tourbillons, existe donc vraiment. Je l'ai rencontré. Ta capacité à imaginer, saisir ou créer cette couleur m'ont éblouie. La lumière et le soleil de cette vision relevaient du divin et venaient scintiller sur la surface de l'eau, créant une atmosphère de calme, de sérénité et de magie, cette rencontre si particulière de l'âme et de la nature. J'en ai pleuré et j'aurais voulu te le dire de vive voix pour te remercier de ce moment. Je sais sincèrement, que la distance ne t'aura pas empêchée de ressentir mon émotion, preuve s'il en fallait encore que tu es ma sœur d'âme.
Je t'embrasse, serre les tiens très forts dans tes bras et embrasse-les pour moi.
Isabelle.
Ah Isabelle,
Je te reconnais bien. Tes cartes postales sont toujours une joie pour moi qui les reçois. Tu crois écrire simplement, et ce que je lis est de la poésie. Ta dernière carte m'a profondément émue, à la fois par la beauté de ce que tu écris, mais aussi pour les événements qui se sont produits. Quelle surprise en recevant ton texte de vérifier avec bonheur la simultanéité de nos émotions. Je viens de terminer un tableau. Tu sais bien quand je peins mes barques sur la rivière émeraude, je n'aime pas y mettre des personnages. Et pourtant, je sais aujourd'hui que c'est toi que j'ai peint l'autre jour, de dos dans mon tableau. Le personnage s'est imposé et je ne pouvais le repousser. Je ne comprenais pas qui était cette femme et que signifiait sa présence. Je sais maintenant que c'est toi et que tu désirais te fondre dans cette eau tourbillonnante émeraude que tu voyais au Maroc. Merci, ma chère Isabelle d'avoir partagé avec moi ce moment que j'ai entendu malgré la distance. Continue, ton talent est réel.
Je t'embrasse et à très bientôt.
Je t'attends dans l'atelier pour te faire découvrir ce dernier tableau.
Hélène.
cet échange épistolaire est dédié à Stéphanie.
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