- Papa, je t'embrasse, je te dis au revoir.
Il se lève. il lui sourit. il semble ému. il la tient dans ses bras, la regarde droit dans les yeux, en la dévisageant attentivement, comme s'il souhaitait imprimer son visage dans sa mémoire.
- Je me sens bien. Je suis content que tu sois venue. Je me rends compte de ce que tu fais pour moi, que tu t'occupes de tout. Ce ne doit pas être facile.
- Papa, je le fais pour toi, pour que tu sois heureux, que tu sois bien. je le fais parce que je suis ta fille. Tu sais, je suis ta fille, moi, Clémence, vraiment ta fille.
- mouais, bon, si tu veux.....Ma fille ? Tu exagères quand tu dis que Clémence est ma fille. Pas vraiment. Le cocu, c'est moi. Clémence n'est pas ma fille.
Il y a eu des ragots à une époque, quand ta mère était plus jeune. Je ne savais pas s'il fallait les écouter ou pas. Je n'y accordais pas d'importance. Il était médecin. Nous vivions au Caire. Il plaisait à ta mère. On m'avait répété qu'ils avaient une aventure. Je n'y croyais pas. Ce n'est que plus tard que j'ai compris que leur histoire était vraisemblable. Clémence, je sais que tu n'es pas ma fille. J'en ai la certitude. Mais ce n'est pas grave, ça ne change rien. Je t'ai adopté à ta naissance. Enfin presque adopté, c'est comme si. C'est pareil. Ce n'est pas important.
Pardon ? Tu es ma fille, dis tu ? Mais non, c'est impossible.
Le père et la fille se regardent. Elle donne l'impression d'une grande sérénité intérieure. Il a l'air inquiet, soucieux. Elle lui sourit. Elle hoche la tête. Il la regarde intensément et essaie de scruter des émotions sur son visage. Il hésite.
Comment peux tu en être sûre ?
- Je t'assure que je suis ta fille. Aujourd'hui, avec les avancées de la recherche médicale, il est facile de faire des recherches en paternité. J'ai fait des prélèvements ADN de ta salive, puis de la mienne, que j'ai envoyés à un laboratoire. On récupère un peu de salive, au bout d'un ou plusieurs coton-tige un peu particuliers, puis on met le tout dans une enveloppe protégée et on envoie au laboratoire spécialisé qui se charge des recherches ADN. Les résultats du laboratoire indiquent que je suis ta fille. Tu es mon père à 100%.
- Tu plaisantes ?
- Non, je ne plaisante pas. Tu es vraiment mon père.
- Comment peux-tu être sûre ?
- Je le sais maintenant. Tu es vraiment mon père. Il n'y a pas de cocu qui tienne. Tu es mon père. Les résultats des recherches ADN le prouvent.
Silence
- Ah, mais c'est affreux, affreux. Toutes ces années... j'ai cru...Ah, ma tête, ma pauvre tête,
dit-il en se frappant le front, puis doucement en le tenant. Je ne savais pas.
Il se signe sur la poitrine, en signe de contrition, il tourne la tête à droite, puis à gauche, ses yeux regardent vers le haut, puis vers le bas, puis vers sa fille. Il a l'air inquiet.
C'est affreux. C'est impossible. C'est impossible. Non. Pourquoi. Mais qu'est ce que j'ai fait ? Toutes ces années. Je ne savais pas. Je ne savais pas.
Peinture : Madame Vigée-Le Brun et sa fille, Jeanne-Lucie-Louise, dite Julie (1780-1819), Elisabeth Vigée-Lebrun, Musée du Louvre
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